Télévision 2.0

Social TV
Social TV

La télévision connectée est la prochaine grande bataille qui agite déjà tous les esprits. Annoncée depuis une quinzaine d’années, la fameuse convergence entre télévision en Internet est en train de devenir une réalité. D’ici les fêtes de fin d’année, les grands fabricants de télévision (Sony, LG, Samsung…) s’apprêtent à inonder le marché en appareils reliés en permanence au réseau. De leur côté, les opérateurs télécoms préparent eux aussi cette fusion entre les deux médias. Lorsque vous lirez cette tribune, Mobistar aura probablement lancé sa plate-forme proche de l’AppStore d’Apple qui ajoute des fonctionnalités telles que Facebook, Twitter ou Flickr au guide des programmes électroniques. Enfin, les acteurs du jeu vidéo comme Microsoft et Sony n’ont jamais caché leurs velléités de faire de leurs consoles respectives le centre privilégié de l’ensemble des loisirs numériques.

Toujours en ligne, la télévision de demain sera égalemnt mobile. Smartphones, tablettes, laptops : les images commencent à circuler sur tous les écrans, ce qui va profondément transformer notre façon de consommer la télévision. Telenet a lancé Yelo, application qui permet de regarder (en wifi) une sélection de chaînes sur votre iPad. Même mouvement chez Mobistar où les clients 3G ont accès à un bouquet de diffuseurs via une application iPad/iPhone. De son côté, Belgacom annonce lui aussi son arrivée sur le mobile d’ici la fin juin. Bref, bienvenue dans la télévision « AnyWhere, AnyTime, AnyDevice », affranchie du salon et du cérémonial dicté par la grille des programmes TV. Un concept que nous avions expérimenté dès 2006 chez Emakina avec VW EscapeTV, la première émission TV qui pouvait se regarder en téléchargement sur n’importe quel appareil mobile.

Des startups américaines voient cependant déjà plus loin et veulent profiter du mobile pour combiner la puissance de la télévision à celle des réseaux sociaux. Elles se nomment IntoNow, Yap.tv, Miso, Philo, GetGlue… Certaines ont déjà été rachetées par de grands « networks » américains ou bénéficient du soutien de géants de l’Internet (Miso est par exemple financé par Google Ventures). Plus près de nous, l’application WizzChat pour iPhone vise les chaînes européennes et permet d’indiquer le programme TV que vous regardez, partager cette information sur Facebook et chatter en direct avec d’autres utilisateurs.

Les prémices de cette tendance sont apparus en 2008 lors des élections américaines. Pour la première fois, les débats télévisés ne se sont plus arrêtés à la fin de l’émission et se sont prolongés sur les réseaux sociaux, ceux-ci devenant les réceptacles naturels des commentaires et discussions entre téléspectateurs. Le mobile accélère cette mutation : selon une étude de Nielsen et Yahoo! réalisée l’an dernier, 86% des utilisateurs de l’Internet mobile se servent de leur terminal pour parler en direct d’une émission lorsqu’ils la regardent sur leurs petites lucarnes.

Connectée, mobile et sociale : tels seront les trois attributs de la télévision du futur. Pour les annonceurs, la conséquence de ces multiples transformations est que l’attention du consommateur sera plus fragmentée que jamais. A côté du spot télé de 30 secondes, il faudra désormais être présent simultanément sur les grandes plates-formes sociales si on désire activer sa marque en couvrant l’ensemble de son groupe-cible. Pour les diffuseurs, cette « télévision 2.0 » sera également riche de changement. Quel que soit le « format » télévisuel, celui-ci devra se concevoir comme une conversation permanente avec l’audience où les deux médias s’enrichiront mutuellement de ces interactions. Même si elle est d’une crétinerie abyssale, « Carré Viiip », la nouvelle émission de télé-réalité de TF1, constitue une belle illustration de cette coagulation entre deux médias : quand l’émission s’achève, les réseaux sociaux prennent le relais et servent à générer du contenu qui fera partie intégrante de la suite du jeu.