La Sainte-Trinité d’Internet

Microsoft a dominé les années 90 avec son système d’exploitation Windows. Google et son moteur de recherche ultra-performant ont été les icônes des années 2000. La prochaine décennie sera probablement celle d’un ménage à trois. Si Google devrait continuer d’occuper le devant de la scène, deux autres protagonistes lui disputent désormais son hégémonie : Apple et Facebook. Trois acteurs pour une même ambition : devenir la plate-forme incontournable pour accéder aux contenus et service d’Internet.

Chaque membre du trio tente d’atteindre cet objectif avec une philosophie différente. Google est devenu le chantre d’un Internet ouvert et anarchique, dénué de toute barrière d’entrée aux points d’entrée multiples : navigateur, smartphone, bientôt Google TV. De son côté, Apple vise à créer une expérience plus contrôlé, qui englobera aussi bien le hardware (Mac, iPod, iPhones, iPad, Apple TV) et software, que la plate-forme de distribution et de paiement. Quant à Facebook, le réseau social de la planète ambitionne de se transformer en un véritable “système d’exploitation pour le web” qui fournit aux utilisateurs les outils dont ils ont besoin pour interagir avec leur entourage.

Trois visions différentes de l’Internet et trois environnements de développement différents.

Google est un ardent promoteur des standards de développement dit “libres” d’HTML 5 et de Flash, qu’ils ont même intégrés à Chrome, leur navigateur. Google met à dispositions de nombreuses technologies de développement, comme GWT, Native Client, GAE. Mais Google peut rendre littéralement introuvable tout site web qui pour se faire mieux référencer enfreindrait les règles de Google. Pour développer pour Android, Google met a disposition un framework open-source et des outils gratuits mais ils contrôlent certaines parties clés d’Android.

Si Apple est à l’origine d’HTML5 et supporte le plugin Flash sur ses ordinateurs, pour les applications mobile, Apple impose l’usage de langages et frameworks déterminés et n’hésite pas à rejeter ceux qu’il juge obsolètes comme l’a montré le bannissement de Flash sur iOS, le système d’exploitation des iPhone, iPod Touch et de l’iPad.

Le monde du mobile fournit d’ailleurs une belle illustration de cette opposition majeure entre les deux rivaux : tandis qu’Android, le système d’exploitation de Google pour le mobile, est ouvert à toutes les applications sans filtre à l’entrée, Apple valide soigneusement chaque application disponible sur l’App Store pour vérifier sa qualité, sa sécurité et sa conformité avec certaines normes éthiques (avec toutes les ambigüités que renferme ce dernier critère).

Quant à Facebook, si dans un régime de semi-liberté les développeurs peuvent y créer des applications utilisant un framework propriétaire, le réseau social se réserve le droit de supprimer à tout instant les applications qui enfreignent ses règles de bonne conduite, en évolution permanente.

Pour les marques, cette lutte entre trois géants signifie deux évolutions majeures. Primo, le Web n’est plus la seule et unique destination des internautes. Il faut donc décliner sa marque et son message dans trois univers distincts qui possèdent chacun leurs spécificités. Secundo, le coût du marketing interactif pourrait se trouver réduit grâce à cette compétition : les environnements développés par Apple et Facebook forment un terreau propice au bouche à oreille et à l’effet viral. Dès qu’une application propose un service innovant ou pertinent, la rumeur et les mécanismes viraux font le reste en terme de propagation. Les campagnes de search advertising et de display advertising y sont superflues.

Corollaire pour les agences : celles-ci devront (apprendre à) maîtriser ces trois plateformes, en terme de développement, de conception mais aussi de planning stratégique. Il s’agira, à l’avenir, de garantir une expérience utilisateur optimale, intégrée, quel que soit le point de contact avec la marque ou le service : aujourd’hui ordinateur et téléphone portable, demain tablettes tactiles et télévisions interactives. Un beau défi qui va, une fois de plus, transformer les métiers liés aux médias interactifs.