La revanche du Web structuré

Souvenez-vous : au milieu des années 90, il y avait deux visions, concurrentes et radicalement opposées, quant au devenir des réseaux numériques. La première était représentée par Compuserve et défendait une architecture structurée du réseau : Compuserve formait un système fermé qui possédait sa propre nomenclature et ses propres applications inaccessibles aux non-abonnés. Face à Compuserve, on trouvait d’autres acteurs de premier plan comme America Online et màªme Apple qui offrait son défunt “eWorld“ aux premiers téméraires qui arpentaient le réseau balbutiant (moi par exemple).

La seconde était celle du World Wide Web, invention de Tim Berners-Lee et du Belge Robert Cailleaux, d’un réseau anarchique, décentralisé, ouvert à tous les internautes connectés à la Toile. Ce fut l’objet d’un débat passionné que j’ai mené avec Michel Bauwens en 1995. Je plébiscitais l’univers bien ordonné de Compuserve, Michel défendait le Web. On connaît la suite : l’hypothèse de Michel l’a emporté. J’avais raison trop tôt, c’est à dire que j’avais tort… C’est Google qui, bien des années plus tard, a corrigé ma principale critique du web en rendant accessibles les informations dispersées dans le chaos engendré par le World Wide Web.

Aujourd’hui, on assiste à un retour en force des “walled gardens” au contenu contrôlé et architecturé : Netlog, MySpace, LinkedIn, Xing, Viadeo, Orkut, Virb, Bebo, … Le meilleur représentant de cette tendance n’est autre que le réseau social Facebook et ses 265 millions de membres sur la planète. Comme Compuserve, Facebook est un club privé dont l’utilisation nécessite un enregistrement préalable. Son contenu est divisé en groupes et pages, avec une navigation commune et des fonctionalités standardisées. Mais la technique de monétisation a changé : on ne paye plus l’accès en donnant sa carte de crédit mais en accordant son attention aux messages publicitaires.

Ce retour aux univers “isolés” est d’autant plus important que l’accès à l’Internet est de plus en plus hétérogène : à côté de l’ordinateur équipé d’un navigateur, on voit aujourd’hui une montée en puissance du GSM, de la console de jeu portable, de la console de salon… comme moyens de surfer sur la Toile. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Facebook a développé des versions sur mesure pour la Xbox, l’iPhone et Android : cette diversification suit l’évolution du comportement des internautes qui souhaitent pouvoir se connecter au réseau en toutes circonstances. Les plates-formes au contenu structuré peuvent facilement développer des interfaces de consultation adaptées à ces terminaux, ce qui leur donne un avantage sur le web déstructuré, galaxie d’interfaces innombrables et de données disparates.

Cette évolution pose une question intéressante aux marques : faut-il plutôt se cantonner au Web anarchique, migrer sa présence dans les environnements de type Facebook ou… créer ex nihilo une plate-forme estampillée à ses propres couleurs et multiplier les interfaces d’accès ? Quand on est un acteur de format mondial, le problème ne se pose probablement pas en ces termes, puisque cette catégorie d’entreprises a les capacités d’envisager toutes les options pour assurer une “brand experience” optimale et coordonnée : Web, iDTV, Xbox, PS3, Wii, iPhone, Android, Windows Phone, Symbian… En revanche, l’équation est plus ardue à résoudre quand on joue dans une division inférieure et qu’il faut choisir un nombre limité de portes d’entrée vers son univers de marque. Un défi stratégique pour les années à venir.

4 thoughts on “La revanche du Web structuré”

  1. 1/ retour en force des isoles… bof.

    sur FB il y a que dalle. que des amis qui racontent quasiment rien. si je veux de l info je vais pas sur facebook. si je veux jouer a paf le chien je vais sur FB…

    2/ une entreprise (moyenne) aller sur FB ? mouais. j en ai jamais consultee une seule. en general on tappe dans son navigateur le nom de la boite et hop on va sur le site

    3/ enfin la vision bipolaire univers isole/anarchique me semble pas judicieuse. meme a l epoque d aol les 2 coexistaient.

    aujourdhui encore.

    on a des usages differents 🙂

    bien a vous.

    4f