De la noosphère au web sémantique

Au début du 20e siècle, le chercheur et philosophe français Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) développe le concept de noosphère inventé par Vladimir Vernadsk. Wikipedia décrit la noosphère comme une “représentation d’une couche de faible épaisseur entourant la Terre (…) qui matérialiserait à la fois toutes les consciences de l’humanité et toute la capacité de cette dernière à penser”.

Teilhard de Chardin pressent l’avènement d’une planète unifiée et mondialisée où les idées circuleraient librement parmi une humanité qui aurait pris conscience d’elle-même. Or, pour l’auteur, cette émergence d’une intelligence “planétisée” (selon sa propre expression) ne serait pas le fruit d’une élévation spirituelle ou mystique mais bien le fruit de la rationalité : cette fusion des activités intellectuelles conduirait à des gains d’efficacité au bénéfice du plus grand nombre.

A la même époque, le savant belge Paul Otlet (1868-1944) imagine le Mundaneum, une sorte d'”Internet de papier” qui réunit dans un même lieu “l’ensemble des connaissances du monde sous toutes ses formes (livres, affiches, presses venant du monde entier…)”, dixit encore Wikipedia. Face à l’ampleur de la tâche, Paul Otlet dut renoncer à son projet. Pour les curieux, ce centre de documentation est encore accessible de nos jours à Mons.

L’écrivain de science-fiction Philip K. Dick a repris ensuite à son compte l’idée de noosphère en franchissant un pas supplémentaire. Selon Dick, nous sommes en contact avec la noosphère dans notre sommeil. Quand vous vous réveillez le matin avec une idée géniale, cette dernière ne serait rien d’autre que l’émanation de cette noosphère symbolique qui se manifesterait à travers nos rêves.

Plus tard encore, Ted Nelson, un des pères conceptuels de l’Internet, a permis à la noosphère de se concrétiser davantage encore avec l’invention du lien hypertexte qui a révolutionné la façon dont nous accédons à la connaissance. Mais Ted Nelson voit cependant beaucoup plus loin. Cet informaticien et artiste travaille toujours à Xanadu, un immense projet qui viserait à créer une bibliothèque virtuelle illimitée en libre accès.

Que ce soit chez de Chardin, Otlet, Dick ou Nelson, cette agrégation de millions d’informations se heurte toutefois à la question du sens : comment lui conférer une organisation logique qui dépasse le simple empilement de données ? Cette “quête du sens” est aujourd’hui au coeur de toutes les recherches que mènent des géants de l’Internet comme Google : s’ils sont capables d’indexer le web et d’en faire une première hiérarchie sommaire, les moteurs de recherche ne peuvent en effet interpréter réellement l’information qu’ils inventorient en écumant le réseau. C’est ce défi qui mobilise aujourd’hui toutes les énergies et le RDFa pourrait détenir la solution. Ce standard, créé en 2004 par Mark Birbeck et adopté par le W3C, ambitionne de donner davantage de signification à l’information disponible sur le réseau (c’est le fameux “Web 3.0” dont on parle régulièrement).

Plutôt que de reconstruire l’Internet de zéro, le RDFa propose d’exploiter la structure existante et d’ajouter des informations dans le HTML tel qu’on l’utilise aujourd’hui. Une idée simple et pragmatique qui pourrait bien marquer le vrai coup d’envoi de la sémantisation du web et bouleverser la façon dont nous utilisons les nouvelles technologies.

Des géants de l’Internet comme Google ou Yahoo ! ont déjà adopté le RDFa, tandis que l’outil de gestion de contenu Drupal envisage de l’intégrer à sa plate-forme.

Ancêtre du Web 3.0 (ou web sémantique), la noosphère pourrait donc devenir réalité grâce au RDFa. Le diable est dans les détails, a-t-on coutume de dire. L’innovation aussi…

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